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Des relais de la Poste aux chevaux
établis principalement le long de la route du Ried

- Mise à jour : 02.01.1999 -

      Cercle Généalogique d'Alsace

(Cet article est parue en pages 434 à 438 dans le "Bulletin du C.G.A." n°124 du 4ème trimestre 1998, revue trimestrielle du Cercle Généalogique d'Alsace - Archives du Bas-Rhin - 5 rue Fischart - F 67000 Strasbourg - sous la plume de Pierre GEORGES (4, square du Château, 67300 Schilithheim). Le texte fait suite à la conférence donnée au colloque de Baldenheim du 22 mai 1998).

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      Il a été écrit et publié déjà plusieurs articles concernant les "Relais de la Poste aux chevaux" notamment sur celui de Fegersheim et St-Ludan des maîtres WALDÉJO de Benfeld, STACKLER de Marckolsheim, WALTER et ZIMMERMAN d'Aspach-le-Bas dans le Haut-Rhin.
      Mais à ma connaissance, on ne trouve aucune trace d'une étude établissant les rapports généalogiques entre les différents relais cités.

      Voyons maintenant les deux routes de Strasbourg vers le sud. Une vers Belfort que l'on pourrait nommer la route de l'Ill et l'autre, vers Bâle, la route du Ried. Cette dernière passait par Benfeld, Sélestat, Colmar et Ensisheim du moins jusqu'au début de la Guerre de 30 ans (1618-1648). Cette grande route fut abandonnée au profit de la route du Ried. C'est ainsi que le relais de Marckolsheim devint très important, surtout depuis que Brisach en Brisgau fut cédé à la France par le traité de Westphalie du 24 octobre 1648. Un des signataires du traité fut Isaac VOLMAR, alors chancelier de la Régence autrichienne établie à Ensisheim et qui signa également des courriers concernant le relais de Marckolsheim.
      L'importance de ce relais fut telle que les maîtres des relais de Colmar et Sélestat étaient obligés de dépêcher un courrier spécial vers Marckolsheim pour récupérer celui qui leur était destiné et ceci encore en 1652.

      Voyons un peu le début de ces relais. En France, c'est au roi Louis XI, le fils de Charles VII (1423-1483), qu'on attribue généralement la fondation d'un service postal régulièrement organisé, par l'édit de Doullens du 19 juin 1464. Depuis cette période et jusqu'en 1870 date approximative de la cessation des relais, les routes étaient jalonnées tous les 15 km environ d'un relais dirigé par un maître de poste.
      Ces relais, outre l'habitation du maître, comprenaient une écurie, une grange et une cour, et bien souvent une auberge.
      C'est Henri III qui met les messageries royales au service des particuliers. Les chevaux sont mis en priorité à la disposition des courriers de la poste aux lettres, des messageries et à partir de Henri IV pour le transport des voyageurs.

      Après 1648, les fonctions des maîtres de poste sont confirmées par un brevet royal : j'ai une copie des brevets de WEYH (1763) et WALTER (1775) pour le relais de Marckolsheim. Ce dernier brevet disait : Aujourd'hui vingt et unième du mois de may mil sept cent soixante et quinze, le Roy étant à Versailles, Sa Majesté étant bien informée de l'expérience, diligence et fidélité du nommé François Joseph WALTER, Elle l'a choisi et commi(s) pour exercer avec gage pendant le temps qu'il lui plaira la place de Maître de Poste de Marckolsheim, Généralité de Strasbourg, vacante par la révocation du nommé BREITHEL, etc.

      Regards sur les deux routes.

      La route du Ried passe par Krafft, Friesenheim, Marckolsheim, Brisach, Ottmarsheim et Bâle, la route de l'Ill par Fegersheim / St-Ludan, Benfeld, Sélestat, Guémar, Colmar, Issenheim, Aspach-le-Bas et Belfort.
      Il est à signaler que bien souvent ces relais ont un lien familial entre eux, les descendants des maîtres de poste avaient la facilité de voyager et de faire ainsi connaissance des familles de leurs collègues des relais voisins. Il était d'usage de se marier entre gens de même métier. Sur les deux routes citées, nous rencontrons les noms des maîtres de poste suivants : WALDÉJO (Fegersheim / St-Ludan) union avec WALTER ; WALTER (Krafft / Friesenheim / Marckolsheim) union ZIMMERMAN ; ZIMMERMAN (Aspach / Issenheim) union DENGER (Sélestat) ; BREITHEL (Marckolsheim) unions WEYH - RICHEMOND - EBEL ; EBEL (Benfeld) union STACKLER ; STACKLER (Benfeld) unions BARTHELMÉ - WALTER ; HELD (Guémar) union BREITHEL. Nous reviendrons à ces généalogies dans quelques instants.

      Sous le Consulat, de 1799 à 1805, l'administration avait décidé, pour donner un meilleur écoulement aux correspondances particulières, d'organiser un service direct sur la route du Ried. Le 24 nivôse VII (= 13 janvier 1799), elle en avait bien précisé le caractère provisoire dans le contrat passé avec un entrepreneur. A compter du 15 pluviôse (= 3 février 1799) suivant, le service de Huningue à Strasbourg est adjugé au citoyen THIBERGE au prix annuel de 15 000 livres, ou 28 sols par lieue pour être effectué en patache (c.-à-d. en voiture publique peu confortable). Un traité provisoire est conclu, dont la résiliation ne pourra entraîner aucune espèce d'indemnité, attendu qu'à l'époque de la paix, cette entreprise ne sera plus nécessaire.
      Afin de liquider les comptes des maîtres qui avaient assuré le service jusqu'alors, l'administration arrête que le service fait par les maître de poste, sur la route du Ried sera payé sur le pied de celui de la Régie, pour la période du 1er brumaire (22 octobre) au 15 pluviôse (3 février) suivant, à savoir :

      Par le Directeur de Strasbourg au maître :

      Par le Directeur de Brisach au maître :       Par le Directeur de Huningue au maître :       Aussitôt après la signature du traité le 20 pluviôse IX (= 9 février 1801), l'exploitation de la route du Ried par entreprise prit fin.

      Les Suisses avaient fort apprécié le service direct ; ils réagirent dès la suppression, puis l'administration française accepta de leur donner une satisfaction provisoire. Sur réclamation de l'Office de Berne, le service de Huningue à Strasbourg par la route du Ried est rétabli à compter du 15 prairial (= 4 juin 1801) au prix de 6 000 livres, ce jusqu'au 1er vendémiaire (= 23 septembre 1801). Pourtant l'administration reprit le service le 31 janvier 1803 et l'interrompit en 1805 pour le rétablir en 1807 avec 3 courriers seulement par semaine.
      Mais en 1812, nouvelles modifications, concernant le réseau entier à travers l'Alsace.
      Etablissement d'un nouveau service journalier, par la route de l'Ill, Fegersheim, Benfeld, Sélestat, Colmar, Ensisheim, Mulhouse, Sierentz, Bâle en voiture et de Sélestat à Marckolsheim à pied.

      La situation du relais de Marckolsheim, dans le bourg de Marckolsheim.

      Un document de 1779 indique : depuis le relais jusqu'à la Porte de Strasbourg (Niederthor), la partie pavée est d'une longueur de 70 toises.
            1 toise = 6 pieds de 30 cm environ = 1,80 m donc 125 m.
      Or l'emplacement de cette porte est facile à retrouver, les fossés sont encore visibles de nos jours. On peut donc établir l'emplacement du relais. C'était une belle demeure datée de 1522 et que les habitants nommèrent le "Gulthof" malheureusement détruite en 1940 lors de la canonnade des Allemands sur les bourg.

      Le relais est cité une première fois dans un texte du 17 janvier 1621 où un courrier est parti de la Régence d'Ensisheim à 16 heures. Ce grand paquet, comme le précise le bulletin, était destiné à l'Archiduc Ferdinand II (1578-1637), "notre dévoué Seigneur", alors évêque de Strasbourg. Arrivé à Marckolsheim le lendemain à 14 heures, le paquet fut remis immédiatement au postillon de Benfeld. A Benfeld, le maître de poste nommé Hans Carl EBEL, notait sur le bordereau : "reçu à Benfeld le 18 janvier à 6 heures du soir un grand paquet qui fut aussitôt remis et réexpédié à Cheval". L'étape suivante devait être Hindisheim ou St-Ludan où le paquet arriva à 22 heures. A cette époque, le relais de Marckolsheim était entre les mains d'un nommé Ehrhard MARTIN ; nous avons une supplique de sa part datée du 12 juillet 1621. Par un courrier de la Régence de Saverne du 15 décembre 1622, le maître de la poste aux chevaux est autorisé à servir à boire aux voyageurs sous la condition qu'il verse à la ville de Marckolsheim les taxes s'y rapportant (Umgeld ou angal ou encore accise).
      Un autre courrier daté du 10 août 1623, émanant du Magistrat (Schultheiss, Burgermeister et Rath) de la Ville de Marckolsheim, annonce le décès de ce maître de poste et la proposition de nomination à ce poste du Sieur "Adam BREITTEL", fils de Michael BREITHEL. La Régence épiscopale de Saverne répond favorablement en date du 12 août 1623 et, le 23 août 1623, adresse au bailli de Marckolsheim pour retour la confirmation et le serment de BREITHEL.
      Adam BREITHEL prend donc ses fonctions par ces temps de guerre. Deux ans et demi après, le bailli de Marckolsheim, Hans Adam von REINACH, demande conseil auprès de la Régence épiscopale de Saverne, le 1er mars 1626, pour réduire les charges de l'entretien du relais de poste durant cette période difficile. Le montant de 400 florins, convenus comme gage pour 6 ou 7 chevaux, c'est de trop pour la commune. Ne pourrait-on pas réduire ce service ? De même si le courrier devait continuer d'être acheminé vers Haguenau, Brisach et Ensisheim, il faudrait un autre mode de financement.
      Le 12 mars 1626, la Régence répond favorablement à la demande : "Nous sommes en accord avec vous et vous autorisons à réduire à 200 florins et ceci pour deux fois moins de chevaux à entretenir. En ce qui concerne le courrier spécial Haguenau, Brisach et Ensisheim, aller retour, le maître de poste devra établir le compte et vous réclamer les charges et frais engagés". Le bailli accuse réception et demande que l'évêché informe la Chancellerie de la Régence autrichienne d'Ensisheim des modifications.
      Le gouvernement autrichien, Hans Christoph von STADION et Isaac VOLMAR, acceptent la nouvelle formule, mais demandent un état détaillé par destinataire afin de pouvoir imputer à chacun les charges correspondantes.

      Les liens généalogiques.

      La fille d'Adam BREITHEL nommée Eve épouse vers 1650 Jean WEYH, le fils de Jean et d'Ursule HEUBLER. Ils reprendront la suite du relais de Marckolsheim en 1658 et ceci jusqu'au décès de Jean survenu le 30 janvier 1673. Leur fils Jean et son épouse Catherine FIESSLER tiennent le relais jusqu'au décès de l'époux le 15 mai 1710. Le relais est repris par leurs fils Ignace et après le décèse de celui-ci, c'est sa veuve Anne Marie SCHMIDT qui remplit la charge, jusqu'au moment où son fils Félix WEYH reprend le relais le 19 novembre 1763, suite au décès de sa mère.
      La charge de maître de poste repasse à André BREITHEL l'arrière-arrière-petit-fils d'Adam (vu en 1623) et arrière-petit-neveu de Jean WEYH (vu en 1650).
      Il se plaint de ne pas pouvoir bénéficier de l'exemption d'impôts à laquelle il a droit du fait de sa charge. Une décision en date du 20 février 1773 lui donne raison. Le maître de poste est à la tête d'une exploitation agricole d'une superficie de l'ordre de 50 ha, ce qui fait de lui un paysan aisé. C'est une garantie pour les autorités, car à première vue il n'aurait pas besoin de subvention.
      Nous avons vu dans la 1ère partie dans la lecture du brevet de WALTER qu'André BREITHEL a été révoqué en 1775. Voilà donc un siècle et demi que la gestion du relais de Marckolsheim était dans la même famille.
      Le relais de Krafft-Erstein est tenu par Jean Albert RICHEMOND, originaire de Haguenau. Il était laquais du lieutenant-général MONCLAR (capitulation de Strasbourg en 1681), il avait changé son nom REICHENBERG en RICHEMOND. Sa fille Susanne épouse vers 1701 Jean Georges WINCKER, chirurgien à Marckolsheim ; elle décède le 18 janvier 1714 à Marckolsheim et, à peine 3 mois après, Jean Georges WINCKER épouse Anne Marie BREITHEL le 21 avril 1714. Elle est l'arrière-petite-fille d'Adam BREITHEL (1623) et la tante d'André BREITHEL (celui révoqué en 1775).
      Comme nous le savons déjà, le relais de Marckolsheim fut repris par François Joseph WALTER le 21 mai 1775. Il était le fils du maître du relais de Friesenheim, Jacques WALTER.
      En 1780, le relais est transféré juste en face du premier relais, dans l'ancien pavillon de chasse ayant appartenu au prince évêque de Strasbourg, le cardinal de ROHAN (également détruit en 1940).
      François Joseph WALTER épouse le 30 mai 1778 à Marckolsheim la fille de Georges ZIMMERMANN, le maître du relais d'Aspach-le-bas, nommée Gertrude.
      L'enseigne "à la Poste" est datée de 1780. C'est un chef-d'œuvre de ferronnerie, qui a été distingué par sa place au musée des Postes à Paris et par la gravure d'un timbre-poste en 1977. Une copie est encore visible de nos jours dans la famille WALTER au moulin de la "Herrenmühle" à Marckolsheim.
      Au-dessus de la potence qui soutient le panonceau, il y a deux cavaliers, le courrier et le postillon, avec son cor, annonçant leur arrivée. Les 3 fleurs de lys du panonceau furent recouvertes par une couronne de lauriers pendant la Révolution. En 1794, grâce à une réclamation de Joseph WALTER, nous pouvons avoir une idée du délabrement des moyens de transport sous la Convention (1792-1795) : "Que le relais est fatigué par les services de la Poste et par les pénuries des subsistances, il devrait être renouvelé de plusieurs chevaux, etc."
      Deux membres du Conseil général viennent enquêter et constatent que :

  1. le relais est composé de 18 chevaux ;
  2. qu'après la perte de 9 chevaux depuis deux ans, ledit relais a besoin d'être remonté de 8 chevaux ;
  3. que le produit de ses prés n'est pas suffisant, il faut encore 600 quintaux de foin et 400 quintaux d'avoine ;
  4. que le maître de poste est hors d'état de faire face par lui-même à ces trois dépenses.
      Fait amusant, François Joseph WALTER signe comme pétitionnaire réclamant et comme conseiller général.
      Leur fils Joseph continue le relais, il épouse Marie Claire LAUX en 1810, de cette union naît un fils Georges qui reprend le relais jusqu'en 1870, date de la disparition de cette institution.
      Après cette date, les WALTER gardent une entreprise de transport et exploitent en particulier une liaison Marckolsheim - Sélestat, desservie par un omnibus, à cheval, qui en 1928 sera remplacé par un service automobile.

      Pour revenir à la généalogie, une sœur de Gertrude ZIMMERMAN, Elizabeth épousa Ignace WALTER, fils de Jacques du relais de Friesenheim, et frère de François Joseph du relais de Marckolsheim. Le couple prend le relais de Friesenheim. Un frère, Jean Thiébault ZIMMERMAN prend le relais d'Issenheim, voisin d'Aspach, et un autre frère, François Joseph ZIMMERMAN prend la succession de son père au relais d'Aspach-le-Bas. Il épouse en 1774 Marie Anne KOERNER ; de cette union naît une fille Anne Marie Hélène qui épousa Robert Joseph DENGER, maître du relais de Sélestat. C'est le second fils, Georges DENGER, qui assuma la charge de maître de poste après le décès de son père, le 12 janvier 1852.
      Mais déjà c'est le déclin, la voie ferrée Strasbourg - Bâle est en service depuis 10 ans et ravit les voyageurs aux diligences.       La poste aux chevaux est morte.

      Pour clore, il reste encore quelques liens généalogiques à signaler :
      Le neveu d'André BREITHEL (1775) nommé Jean Félix, avait épouse le 3 février 1783 la petite-fille de Georges KRITLER époux de Thérèse EBEL de Hirtzfelden, qui était apparentée à Veronica EBEL, également de Hirtzfelden, et l'épouse de Christophe STACKLER le grand-père de Jean Baptiste, du relais de Benfeld.
      Quant au maître de poste de Guémar, Michel HELD, il est le frère d'Anne Marie, épouse de Laurent SCHWEIN, apparenté aux BREITHEL par les WENDLING qui eux étaient les parents des filles Marie Madeleine et Marie Rose, les épouses de François Joseph WALTER, fils de Georges, le dernier maître de poste de Marckolsheim.
      Une fille d'Ignace WALTER et d'Elisabeth ZIMMERMAN, du relais de Friesenheim, nommée Elisabeth, épouse François Antoine BARTHELMÉ apparenté aux ROHMER (Sélestat) et STACKLER (Benfeld). Le relais de benfeld fut vendu vers 1881 à Constant ANDLAUER, apparenté à nouveau aux WENDLING de Marckolsheim par le mariage le 7 septembre 1910 d'Etienne ANDLAUER et Noémie WENDLING, fille de Paul et d'Elisabeth RICHERT.

      En conclusion, les relais de poste n'ayant plus leur place dans un monde livré aux assauts du machinisme, ils disparurent les uns après les autres.

Pierre GEORGES - 4 square du Château - 67300 Schiltigheim
Conférence donnée au colloque de Baldenheim - 22 mai 1998

Sources et bibliographie :

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